Vous vous souvenez des enfants qui crient dans la piscine, à Franceville? Après un court séjour dans cette ville africaine, me voilà embarquée pour de nouvelles aventures dans le même pays (le Gabon) mais cette fois ci, tout se passe dans la ville de Port Gentil [ POG / Bord de Mer ]
Encore une fois, de vagues souvenirs me reviennent; ils sont liés à une piscine aussi, à la mer... un lien fort me reliait à l'eau étant gamine...
Un matin, le ciel était tout gris et les nuages noirs semblaient fixés au dessus de l'estuaire. La mer était verte, et plate. Le calme plat, le vent... l'odeur chaude de la savane caressait mes narines. je m'imaginais les citatungas sauter parmis les hautes herbes sèches, je pensais aux méchantes panthères noires qui les guettaient du haut d'un arbre asséché. "Enfile tes bottes" me dit maman. Aujourd'hui, on va attrapper les crabes. "Les crabes?" Tout de suite, je m'emparais d'une petite pelle smoby, de mon seau rouge et enfilais un anorak. Le Méridien de Port Gentil, où je vivais, se situait juste au bord de la mer, en face d'un parc à bois. Il suffisait de traverser la route pour atteindre la bande d'herbe verte qu'était la plage, avec un peu de sable avant de se trouver face à face avec une bille de bois, un bois africain tiré de l'arbre "Okoumé". Il y avait tant de troncs en bois parqués là qu'on ne pouvait pas se baigner dans la mer trouble... on pouvait se retrouver emprisonné à tout moment entre les gros arbres flottants. Il paraîtt qu'après, on les envoie sur des bateaux gigantesques en France pour pouvoir fabriquer nos cahiers d'école... Je me disais que peut être si on n'allait pas à l'école, on ne tuerait pas les arbres, on ne tuerait pas tous les habitants de la forêt tropicale, en voie d'extinction... Mais je gardais mes réflexions pour moi. je pensais aux petits crabes que j'allais bientôt adopter.
Un taxi gabonnais passe. Bleu et Blanc. A libreville (la capitale, LBV) les taxis sont rouges et blancs. la voiture se précipite pour écraser un chien errant qui traverse la route! Ah.. si à cette époque j'aurai connu un seul gros mot, je n'aurai pas hésiter à le crier de toutes mes forces au méchant conducteur!
Quelques temps plus tard, me voilà accroupie sur le sable gris. Il faut remplir le trou d'eau. le crabe croit que c'est la mer qui arrive, il sort et... hop! dans le seau. c'était très amusant... Le midi, on mangeait au restaurant de l'hôtel où travaillait mon papa. C'était un bon buffet, d'ailleurs le cuisinier m'avait découpé un morceau de poisson cru pour que mon crabe puisse manger aussi. Mais il n'en voulait pas. Après, maman m'a dit que si je ne relâchais pas le crabe, il serait très triste parceque lui aussi il voulait revoir sa famille. A contre coeur, je vidai mon seau au fond du jardin, où existait déjà une colonie de crabes...
Il était temps de rentrer. Je me souviens du tout petit appartement où l'on vivait, au deuxieme étage. De là on observait les voitures qui revenaient de la brousse, du marché, de la concession elf... je dessinais les pick up (ou TM, "taxi mandji"), le front collé à la vitre. Je voyais aussi la piscine du Méridien, la terrasse du restaurant, le jardin. Qu'est ce que j'aimais ce poste de contrôle. Je restais là, immobile, le nez collé à la vitre froide pendant des heures. Le vide dans me tête. La relaxation. J'oubliais mes membres, j'avais l'impression de ne pas avoir besoin de respirer pour vivre.
Une nuit, on organisait un petit défilé sur la terrasse de l'hôtel, en bas. Moi je n'avais pas le droit d'y aller, j'étais trop petite, alors c'est Véronique, ma nounou, qui m'a gardée. Je surveillais ma maman, du balcon. Quand c'était à son tour de passer, en présentant une jolie robe rouge qui glissait jusqu'au bout de ses orteils, Véronique me serrai fort dans ses bras car elle avait peur que je tombe, tellement je m'appuyais sur la rembarde! Alors, quand elle me couchait, je rêvais de paillettes, de défilés, de spectacle, tout en serrant un gros nounours rose entre des petits bras ronds. Je me voyais avec quelques années en pus, je distinguais clairement mon visage, à quoi j'allais ressembler étant plus grande. J'avais hâte de grandir, pour pouvoir me coucher tard comme papa et maman, pour aller toute seule à l'école à pied sans que maman ne me tienne par la main, pour choisir mon goûter toute seule...
Le jour de mon anniversaire, c'était la grande fête dans mon coeur. J'approchais de mon but! Je fêtais mes cinq ans sour le préau de l'école St Louis, avec tous mes petits camarades gabonais, métisses ou français. Un grand gateau couvert de crème et parsemé de fines tranches d'orange. Tous les enfants se pressaient autour de moi pour m'aider à souffler ces bougies.
De retour à la maison, je racontais ma journée à ma maman puis j'emmenais ma petite soeur dans le jardin. Elle devait m'aider à partir à l'aventure. On courait après les oiseaux qui migraient en Afrique et s'arrêtaient dans le jardin du Méridien. J'attrapais de pauvres petites libellules multicolores par leurs grandes ailes transparentes. Leurs gros yeux me suppliaient de les relâcher, puis je les jetais dans les airs. Elles partaient loin. Je voulais voler, comme elles, très loin. Parfois, elles s'écrasaient dans la piscine et se noyaient, alors je les prenais délicatement pour les déposer sur le rebord en bois. Puis je souflais doucement dessus pour les sécher, puis elles repartaient. Je ne pouvais donc pas les dompter... c'était quelquechose qui me rendait triste, moi qui passait mon temps à courir pieds nus dans le jardin immense de l'hôtel, à chercher dans les fleurs ou au sommet des arbres les petites bebetes que je pourrais adopter. Quand mes amis venaient, je leur racontait tout ce qui grouille dans ce vert luxuriant, et ils voulaient partir à l'aventure, comme moi. J'étais d'accord à condition d'être la chef et de commender. Sinon, je ne divulguais plus aucun secret de la nature!
Déjà un assez mauvais caractère. Un jours, j'étais malade. Un gros "rheub". Malheureusement pour ma maman, j'avais le front collé à la baie vitrée; et je voyais que c'était aujourd'hui, la fête de la piscine!! Ah! ça non, les concours de natation n'allaient pas se dérouler sans moi, il en était hors de question!!! Tous ces petits enfants qui plongaient, avec leurs mini bouées et leurs lunettes roses devaient m'attendre. "Tu ne peux pas, chérie ça va être pire!" - "Je veuuux y aller!!!" . Impossible de me raisonner. A force de pleurer, crier en face de la vitre, tout était embué, mes yeux rougis par mes chaudes larmes. "D'accord, vas y, puisque tu veux! débrouille toi". Lançant des éclairs avec mes regards défiants, je sortais ma serviette de bain, enfilais mon maillot de bain bleu en deux temps trois mouvements et dévalais les escaliers. Mon papa arrivait, j'étais heureuse parceque je ne le voyais pas souvent. Comme il verrait pour une fois comment je nage, je voulais lui montrer tout le meilleur de moi même. Je courrai. Trop tard, mon groupe de nage n'avait pas attendu, maman les avait prévenus que j'étais malade. J'entendais le coup de sifflet marquant le départ de la course au moment où j'atteignais la terrasse. Je laissai tomber ma serviette Mickey Mouse sur les lattes de bois et plongeais sans réfléchir. Evy, ma maîresse de natation riait alors que j'entamais une petite brasse très précipitée. Mon papa me regardait! Je le regardais aussi, en nageant, appyuée sur ma petite planche en mousse bleue. Je souriais, je rigolais, et quand je lui criais "Regarde papa!" je buvais la tasse, puis je toussais, jt'éternuais. Tellement occupée à suveiller le rebord pour être sûre que papa m'observait, j'oubliais la course et les autres, je ne me concentrais pas sur la trajectoire. J'avançais donc comme un turbo, mais en zigzag, et je riais. Une journée magnifique pour moi, quoique le soleil ne fut pas au rendez vous. J'étais repartie pour faire un autre allez retour pour montrer que je pouvais aller encore plus vite. Mais là, Evy me tendait une perche pour me faire sortir de l'eau. La course était déjà finie! Je ne m'étais même pas rendue compte que j'avais traversé la longueur et étais revenue dans un nuage d'éclaboussures, je ne voyais que le visage souriant de mes parents. Mes autres camarades de nage arrivaient aussi. Une fois hors de l'eau, on m'enroba d'une serviette bien chaude. Une grosse pièce dorée pendait au bout d'un ruban bleu...Evy s'approcha de moi, m'embrassa une joue puis me mit ce truc brillant autour du cou. Je répondais par un grand sourire. J'avais compris que je venais de prouver à mon papa que je savais très bien nager. J'en étais fière. Et là, je recommençais à éternuer.